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La lettre n° 31

16 04 2024

Kinésithérapeute, masseuse et psychanalyste corporelle en Belgique, Isabelle Barsamian témoigne de son parcours au cœur dune aventure qui lamène jusqu’à son pays dorigine, lArménie.

Vous avez été kinésithérapeute, masseuse, pourquoi vous êtes-vous formée à la psychanalyse corporelle ? 
En tant que kinésithérapeute, je me suis toujours demandé et cherché à comprendre pourquoi mes patients revenaient avec les mêmes pathologies, qu’est-ce qui se passait à l’intérieur des personnes pour que cela soit ainsi ? La psychanalyse corporelle répond tout à fait à cette question. Cela m’a permis de pouvoir traiter les problèmes physiques de mes patients de kiné ou de massage, mais aussi de les accompagner à en trouver le sens. La psychanalyse corporelle révèle le pourquoi notre corps est ainsi fait, lié à notre histoire. Elle donne sens à nos tensions, le pourquoi, par exemple, d’une tendance au surpoids, pourquoi un corps tordu de telle manière… Elle nous éclaire du lien intime entre notre intériorité et notre forme extérieure.

Qu’est-ce que cela a changé dans votre pratique ? Vous avez développé un accompagnement particulier, je crois.
La formation m’a servi d’abord à approfondir mon ancien métier. Puis je me suis mise à l’écoute des personnes venant à moi à cause d’un problème récurrent, une difficulté par rapport à un deuil, une souffrance au travail, et j’ai cherché le lien entre le problème physique et les événements de leur vie … La psychanalyse corporelle va alors donner du sens à tout cela et répondre à la problématique de la personne. 
Aujourd’hui, en plus de mon cabinet de psychanalyse corporelle en Belgique, j’accompagne les femmes obèses afin qu’elles se réconcilient avec leur corps et leurs difficultés physiques, une route que j’ai moi-même empruntée.

Vous êtes arménienne, et vous retournez depuis peu régulièrement en Arménie. Est-ce la psychanalyse corporelle qui vous a poussée à renouer avec votre pays d’origine ?
Oui, je suis arménienne. La découverte du traumatisme de la petite enfance m’a permis de voir à quel point je suis à l’identique de ce pays, je suis une petite cellule de ce grand corps qui est l’Arménie. J’ai pu revivre ma propre histoire totalement réconciliée avec mes bourreaux, je me suis demandée si l’histoire de l’Arménie ne pourrait être relue, elle aussi, avec le point de vue «Ni bourreau ni victime » propre à la psychanalyse corporelle…
Je me suis rendue compte à la découverte du traumatisme de la naissance que je ne voulais pas quitter le ventre maternel, j’y étais tellement bien en lien avec ma maman, protégée du monde extérieur. C’est avec un grand non à tout, que ma personnalité s’est construite. J’ai l’impression d’être en guerre tout le temps. Je me juge sans cesse, me mets en guerre contre moi-même, contre mon corps. Exactement de la même manière que ce pays qui est toujours en guerre. Il est vieux de plus de 3000 ans et s’il existe encore c’est grâce à la Foi et la religion, pourtant il est toujours en conflit. Cette Foi, je la ressens aussi au fond de moi.
Bien plus tard, il y a six ans environ, une amie d’enfance, épouse d’un Arménien, me propose d’aller faire du bénévolat avec elle là-bas. Sa proposition a immédiatement ravivé ma flamme et maintenant j’y vais trois à quatre fois par an.

Que faites-vous en Arménie ? de la psychanalyse corporelle ?
Je me suis d’abord inscrite dans l’association de bénévoles AVC , et les organisateurs m’ont proposé de donner des cours de massage à des thérapeutes aveugles, de faire un travail corporel avec des psychologues travaillant avec des enfants et des adolescents. De mon côté, je leur ai demandé de m’aider à organiser des conférences sur la psychanalyse corporelle. Ils m’ont alors dirigé vers la fondation Kasa , association  arménienne- suisse et je suis tombée sur une personne formidable qui a déployé toute son énergie pour m’aider dans cette organisation.  
Très vite, suite à la première conférence, il y avait un groupe de 4-5 personnes intéressées à entamer une psychanalyse corporelle et c’est comme ça qu’elle a débuté en Arménie. 
Grâce à l’association AVC, je donne aussi des cours dans la section psychologie à l’université, en première et deuxième année. Je leur apprends à traiter leur douleur afin d’être bien dans leur peau eux-mêmes pour pouvoir bien accompagner. J’accompagne des psychologues et psychothérapeutes dans différents mouvements (Croix rouge, associations s’occupant de soldats revenus du front…) pour les aider à trouver le meilleur d’eux-mêmes lorsqu’ils sont avec leurs patients.

Etes-vous satisfaite de votre expérience en Arménie ?
Oui c’est une sacrée aventure. Au niveau de la psychanalyse corporelle, les femmes que j’ai accompagnées ont fait un magnifique chemin. Il a fallu canaliser la verbalisation où il n’y avait pas de véritable écoute au début. Au niveau corporel, elles ont accepté le cadre que la technique demande comme par exemple de venir sans maquillage, bijoux et téléphone. Elles ont surtout appris à parler d’elles-mêmes, de leurs ressentis, devant les autres, ce qui n’était pas facile pour elles ! Dans la mentalité arménienne, on ne parle pas de sa vie privée devant n’importe qui. Pourtant, ce sont des femmes qui travaillent ensemble depuis longtemps, elles se connaissent bien mais leurs échanges étaient superficiels. Ce sont maintenant plus que des collègues. Elles osent parler de leurs difficultés, il y a une vraie solidarité entre elles.
Aujourd’hui cependant,  ces femmes ont de l’appréhension à revivre physiquement leurs scènes traumatiques, la peur prend le dessus, surtout par rapport à la scène de l’enfance, et dès lors cela freine le processus psychanalytique. La notion de « Ni bourreau, ni victime » n’est pas encore suffisamment sentie pour pouvoir accepter ce qui s’est passé au sein de la famille. Cette « famille » de sang est encore un domaine inviolable dans leurs croyances, qu’il est impossible pour le moment d’exprimer ce qui a été vécu en son sein. 
Comme les trois premiers traumatismes ont lieu dans la famille, c’est compliqué. 
Alors j’en suis venue à leur proposer aussi un autre type d’accompagnement, des ateliers  « Goût de Vie », qui permet de s’approcher du cœur de leur histoire personnelle de manière plus douce et néanmoins profonde. C’est une nouvelle approche qui utilise les organes des sens pour réveiller leurs souvenirs, ainsi pourront-elles accéder à leur histoire et l’accepter avant de poursuivre plus loin en psychanalyse corporelle.

En quelques mots, quest-ce que la psychanalyse corporelle vous a apporté dessentiel ?
La PC m’a permis de mettre du sens à tout ce qui m’arrive et de me rendre compte que toute ma vie est liée d’un fil blanc. 
Mon point de départ est d’avoir mis du sens au poids que j’ai pris, du comment je suis passée d’un corps d’une petite fille minus, à un corps de femme obèse.
J’ai appris à faire la Paix avec ce corps et de plus en plus avec cette femme éternellement en guerre.  

Je me rends compte que les guerres extérieures dans le monde entier, je ne peux rien y changer, mais j’ai le pouvoir de faire la Paix avec moi-même pour pouvoir la faire avec l’autre. Cela m’a permis de cheminer vers une vraie paix intérieure qui me fait voir le monde de manière différente pour avoir une vie plus apaisée et j’espère peut-être que cela ira bien au-delà de moi un jour

Propos recueillis par Séverine Matteuzzi.

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